2020 : Crise du COVID-19 
Entr’âges publie une lettre et se positionne face à la crise.

Sortir de l’impasse par la solidarité et la créativité à tous les âges

Depuis plusieurs mois, le monde entier est bousculé par la montée en puissance du Covid-19, un virus qui se propage particulièrement vite et qui affecte notre besoin vital de respirer.

Le virus s’immisce par les voies respiratoires, mais aussi, et peut-être surtout, par les chemins mêmes qui bâtissent et produisent le lien social, isolant ses victimes dans la maladie autant que dans le confinement, sans distinction de race, de sexe, de religion ou d’âge. Il révèle à lui tout seul la fragilité de nos systèmes de santé ainsi que les inégalités sociales et économiques générées par une logique capitaliste néo-libérale. Celle-ci est fondée sur la réduction du rôle de l’État, de la pression fiscale, et la diminution de la protection sociale. La crise à laquelle font face les services de santé du monde entier en est l’illustration parlante.

En Belgique comme ailleurs, les conséquences de la maladie ne sont pas pareilles pour tou.te.s. D’après le bulletin épidémiologique hebdomadaire du 26 mars 2020 de l’Institut de santé Sciensano, le nombre de décès dus au Covid-19 en Belgique concerne majoritairement les 65+. Nous savons cependant qu’être jeune ne prémunit pas de la maladie, tout comme être âgé n’équivaut pas à être forcément malade ou vulnérable physiquement. 

A Entr’âges nous sommes particulièrement attentifs aux critères fondés sur l’âge qui permettent d’identifier les profils à risque dans le contexte du Covid-19. S’il est vrai que statistiquement il y a une majorité de décès parmi une catégorie d’âge, chaque individu est néanmoins porteur d’un profil spécifique qui peut sortir des tendances générales constatées à un niveau plus large. Dès lors, la prévention face au Covid-19 nous concerne tou.te.s. Réduire la maladie à une seule catégorie d’âge serait tomber dans le piège habituel de la discrimination fondée sur l’âge. L’âgisme, comme toute forme de discrimination, légitime les inégalités et empêche de s’attaquer aux véritables causes systémiques et structurelles qui mettent à mal nos sociétés. 

Dans ce sens, nous observons sur le terrain que le virus a aussi des effets collatéraux qui touchent tout le monde, quel que soit l’âge. Certaines catégories sociales sont impactées plus durement par le confinement du fait de leur situation de vulnérabilité à différents niveaux: travailleur.euse.s indépendants, demandeur.euse.s d’emploi, sans-abris, personnes incarcérées, sans-papiers, personnes isolées de tous âges, personnes subissant les violences intra-familiales… C’est pourquoi, pour Entr’âges, c’est surtout le critère de vulnérabilité1, et non celui de l’âge, qui est à prendre en compte dans la prise en charge et la prévention du Covid-19 et de ses effets.

Heureusement, au-delà de l’indispensable action des pouvoirs publics, cette crise réveille aussi une prise de conscience collective et la réaffirmation de l’importance cruciale d’actions de solidarité citoyenne. Comme avant déjà, c’est aussi face à cette crise que les liens intergénérationnels révèlent toute leur puissance sociétale. Nous constatons que malgré le confinement et l’obligation de distanciation sociale, les liens perdurent et se multiplient sous de nouvelles formes. Le besoin d’échanger est plus fort. Le contact physique fait place à des échanges virtuels, épistolaires, publiques, artistiques. La créativité est le maître mot. Pour Entr’âges, il est impératif de valoriser la solidarité intergénérationnelle qui se met en place. Par exemple, par l’offre spontanée d’aide et de soutien entre voisins de différentes générations, contribuant ainsi à faire sauter le verrou des stéréotypes liés à l’âge.  

Au niveau sociétal, la solidarité intergénérationnelle passe aussi par le maintien et le renforcement des acquis sociaux et d’un système de santé publique accessible à toutes et tous. La revalorisation d’une économie de proximité facilitant les échanges entre chaque personne, le décloisonnement des espaces publics et la réduction de la fracture numérique entre autres, sont autant de mesures qui favorisent les liens intergénérationnels. Mais surtout, c’est la réhabilitation d’un véritable dialogue intergénérationnel qui pourra contribuer à la gestion des multiples crises existantes (la crise écologique, par exemple) et à venir. Il pourra également participer au plein rétablissement de notre système de santé et de sécurité sociale, ainsi qu’à la construction d’un authentique changement de modèle économique et social respectueux de notre monde et de notre humanité.

La gestion du Covid-19 est urgente. Elle nous oblige à nous adapter et à faire preuve de résilience, aussi bien face à la crise sanitaire actuelle qu’à celle qui suivra, économique. Mais nous ne pouvons pas accepter ni permettre le retour à « la normale ». La crise du coronavirus, inédite jusqu’ici par son ampleur internationale et ses conséquences économiques, met en lumière, plus que jamais, les dysfonctionnements d’une société qui repose sur l’individualisme, la marchandisation des biens et des services indispensables à la vie humaine, la délocalisation de la production, l’exploitation des ressources et le consumérisme. Elle représente une opportunité tout aussi inédite pour défendre la solidarité et faire preuve de créativité collective afin de « construire des alternatives sur lesquelles le futur pourra s’appuyer »2. C’est pourquoi, Entr’âges soutien et se rallie au collectif des signataires de la carte blanche « Gérer l’urgence…puis réinventer l’avenir » éditée par le journal Le Soir du 1er avril 2020. 

Entr’âges s’engage à promouvoir les liens intergénérationnels dans ce nouveau contexte en mettant en place deux mesures: 

  • Via le portail www.intergenerations.be: mise en ligne des actions de solidarité intergénérationnelle que nous soutenons et promouvons. 
  • Sur notre site www.entrages.be et via Facebook : veille informationnelle /collective de l’impact du Covid-19 sur le lien intergénérationnel

Nous nous ferons l’écho des nombreuses initiatives solidaires existantes, individuelles ou collectives, témoins de la possibilité d’un vivre ensemble et qui augurent l’émergence de nouveaux comportements. 

1 Selon Axelle Brodiez-Dolino, dans son article « Le concept de vulnérabilité » (2016), ce concept reconnaît que tout individu est exposé à la vulnérabilité, quelle que soit sa situation, son sexe, son origine ou son âge, mais qu’elle ne s’exprimera pas de manière égale. « …les facteurs de vulnérabilité sont trop souvent plus extrinsèques qu’intrinsèques et appellent donc fondamentalement une lutte politique sur les causes (des inégalités économiques (PIKETTY, 2013), d’accès au savoir, territoriales, etc.). Ce qui nécessite aussi, indissociablement, un changement du regard social (ATD QUART MONDE, 2014). Bref, il convient de ne pas se tromper de combat : c’est d’abord la société qui vulnérabilise les individus, et non l’inverse. » 

2 Pierre Rabhi, cité par Axelle Brodiez-Dolino in « Le concept de vulnérabilité » (2016).